Longchamp et les décors Moustiers

Longchamp et les décors Moustiers

Dans les inspirations de Longchamp, on peut citer surtout Clérissy, Bérain, et Olérys. Jacques Callot, graveur lorrain du XVII° siècle a été associé à cette série, essentiellement parce qu’un service à grotesques porte son nom.

Le premier service Moustiers

Les premières faïences de Moustiers chez Pierre Clérissy étaient décorées en camaïeu bleu à motifs de fleurons et de rinceaux. Les marlis étaient de guirlandes à fleurs de solanacées et personnages mythologiques. Il y a une certaine analogie avec Rouen que certains attribuent au rôle qu’aurait joué Jean Clérissy, frère de Pierre, curé en Normandie.

Le premier service du nom de Moustiers, créé à Longchamp au XIX° siècle, du temps de Robert Charbonnier, s’en inspire. Il sera ensuite abandonné mais on conservera le service « rouennais » qui a une facture assez proche.


Le Callot

Le décor caricatural, à grottesques désigne les décors de la Rome antique redécouverts dans les grottes de la Maison dorée de Néron à Rome, à la Renaissance. La bizarrerie des sujets représentés, hommes ou animaux, a conduit à l’appellation de grotesques qui s’applique à l’expression à la fois d’une imagination drolatique et moqueuse et d’une réalisation amusante : caricatures humaines sous forme de singes grimaçants et carnavalesques, ménestrels, hérons et ânes musiciens ou ailés, hommes difformes et bossus au nez boursouflé, fées enveloppées de capes, oiseaux à longues ailes sans corps, personnages d’époque etc…


Créé au XIX° siècle, le service Callot doit son nom à la reprise de certaines gravures de Jacques Callot, décorateur lorrain du XVII° siècle. Il s’inspire aussi des polychromes d’Olérys ou de Laugier. Les principaux éléments de décoration en sont repris: grotesques disposés au centre, sur des « terrasses fleuries », avec sur le pourtour de la pièce des « tertres » entre lesquels se répartissent plantes, fleurs, papillons et insectes.

Outre la qualité de la réalisation qui ne saurait rivaliser avec Moustiers, le service Callot ne présente qu’un personnage au centre, là où les Moustiers en présentent plusieurs sur une même pièce.

Il met en scène 4 personnages : les 2 premiers brandissant une arme et les 2 autres jouant d’instruments de musique. Ils sont tous assez singuliers, les premiers dansent ou se contorsionnent de façon quelque peu grotesque tout en semblant menacer un adversaire imaginaire avec leur arme. Le joueur de violon est un nain difforme, vêtu de façon plutôt ridicule avec notamment son drôle de chapeau. Quant à l’autre instrumentiste, c’est un âne !

Les services Moustiers du XX° siècle

Tout au long du XX° siècle, les services Moustiers de Longchamp ont décliné de façon assez proche, un personnage central.

Le premier de cette série date du début du XX° siècle. D’autres services par la suite et notamment ceux qu’Hélène Charbonnier Moisand réinterpréta dans les années 50 à partir des modèles anciens,  prirent le nom de décorateurs célèbres de Moustiers, comme Viry.





Si l’on rapproche ces différents décors du XXème siècle du Callot créé au XIXème, on est évidemment frappé par la proximité des styles. On peut donc affirmer sans risque d’erreur que le service Callot est l’ancêtre de tous les décors « Moustiers » de la Faïencerie de Longchamp.  Certes avec le temps, le décor s’apure : les tertres disparaissent, les feuillages et les fleurs se font plus parcimonieuses. Mais l’essentiel reste identique. On remarquera que les Moustiers de Longchamp reprennent le parti pris caractéristique du service Callot de ne présenter qu’un seul personnage sur chaque pièce. Alors que les décors à grotesque de Moustiers présentent de façon quasi systématique 2 ou 3 grotesques sur chaque pièce, voire plus encore.

Le service Olérys

A la différence du Callot, le décor Olérys de Longchamp présente systématiquement deux personnages au centre, une sorte de couple avec un homme s’avançant vers une caricature de femme évoquée par son ombrelle. On y retrouve le gros papillon et des rinceaux et feuillages. Il est traité en ocre jaune.
La consécration de ce décor fut, une fois de plus, sa production en porcelaine de Longchamp, ce qui accentua la finesse du trait et la luminosité des pigments.

Le Bérain

« Le décor  » à la Berain  » s’inspire des dessins de Jean Berain, ornemaniste de Louis XIV. Autour d’un sujet central, généralement un personnage mythologique, s’articule un réseau d’arabesques parfaitement symétrique, enrichi d’éléments architecturaux, de cariatides, de bustes et d’animaux fantastiques.

Comme ce superbe plat exposé au musée de Marseille, le plus souvent, ce décor est en camaïeu bleu. Moustiers a produit des décors  » à la Bérain  » pendant toute la première moitié du XVIIIe siècle, d’abord chez Clérissy. Il a été traité à Moustiers très majoritairement en camaïeu bleu, rarement en polychromie, et exceptionnellement en camaïeu jaune ». [Académie de Moustiers]. Berain emprunte également quelques petites figures à la Callot qu’il place dans cet enchevêtrement de rinceaux.

Le service Bérain de Longchamp sera créé tardivement, dans les années 1960 par Paule Moisand, épouse d’Henry et son gendre Jean Duminy, architecte et peintre, tous deux inconditionnels de la Provence. Ce service sera un des fleurons de la porcelaine de Longchamp mise au point à la même époque.

Voir sur le site www.académie-de-moustiers un résumé illustré des principaux décorsdes vieux Moustiers : https://www.academie-de-moustiers.com/les-decors-principaux.html
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